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La photo, arrivée par hasard, a été le moyen pour moi de pénétrer dans ces lieux traversés par les drogues dures et la violence.
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FOCUS SUR ... ELIANE DE LATOUR, DE L'IMAGE ET DE L'ANTHROPOLOGIE
Eliane de Latour, cinéaste et anthropologue au CNRS s’est mise au documentaire après sa thèse en 1981, en alternant les tournages en France et en Afrique tout en continuant à écrire. Elle finit par glisser vers la fiction avec un film sur la prison de la Santé et un roman historique.
Par le cinéma, la photo, l’écrit scientifique ou littéraire, elle porte un regard de l'intérieur sur les mondes fermés de ceux que l'on repousse derrière une frontière physique ou sociale. C’est le sujet qui impose la forme. Après Le Reflet de la vie (1989 France) sur les personnes âgées, hors du corps productif, elle réalise en 1993 au Niger, Contes et décomptes de la cour sur des femmes harem, hors du genre dominant. Elles retournent leur faiblesse en force. Le film fait son ouverture officielle à Berlin et obtient le Prix Georges Sadoul ainsi que le Gold Hugo Award au festival de Chicago.
Vient alors Si bleu, si calme (1996 France), une incursion dans l’imaginaire des détenus, hors la loi. Ce film, qui mêle photo et image animée, est présenté à Locarno, «Cinéastes du présent».
Elle enchaîne en 2000 Bronx Barbès sur les ghettomen ivoiriens, exilés de l’intérieur qui inventent une modernité gouailleuse sous le tranchant de la mort. Sélectionné en compétition internationale à Locarno où il obtient une mention spéciale du jury. Bronx Barbès dépasse les records de Titanic en Côte d'Ivoire.
Puis arrive Après l'Océan, en sélection officielle au festival de Berlin 2006, une histoire d’amitié et d’honneur au fil de migrations clandestines entre l’Afrique et l’Europe. Avec ce film, sorti en 2009, un pas de plus a été franchi pour la musique, enregistrée avant le tournage. Eliane de Latour voulu dire la ville par les voix qui la composent, qu'elles viennent du show biz ou des bas quartier. Elle en a fait un album, « Abidja’taam » (le goût d’Abidjan).
Elle aborde maintenant un nouveau thème, celui des jeunes filles marginalisées au Maroc, en Côte d’Ivoire, en France, hors du temps social. L'idée de ce travail est née à Rabat en 2008 où elle est tombée sur des bandes de petites délinquantes (11 à 13 ans). En Côte d'Ivoire, où elle a voulu appréhender la même question, elle s’est retrouvée devant un phénomène massif de prostitution et de ce qui l'accompagne, petits vols, arnaques diverses, drogue. Par hasard, la photo est devenue le seul moyen de revenir sur ces sites traversés par une grande violence. Eliane de Latour s’est laissée aller vers les go (filles) en réalisant des portraits posés dans ces lieux fracassés.
Quand elle va dans l’histoire du 16-17ème en Inde, c’est la même trame qui guide son regard : comprendre les stratégies d’émancipation des êtres humains qui repoussent les barrières derrière lesquelles ils sont assujettis. Elle a découvert Malik Ambar, esclave noir devenu roi en Inde, figure héroïque d’un sauveur en terre étrangère qui rompt avec les schémas victimaires sur l’Afrique. Après deux années de recherche dans le Deccan, elle écrit un roman inspiré de sa vie au titre éponyme sorti chez Steinkis en 2011. On sait ce que les Africains ont subi, le travail d’Eliane de Latour cherche à nous mettre en relation avec ce qu’ils ont apporté au monde.
Ses thèmes de recherche sont centrés sur les taches aveugles aux marges du monde ainsi que sur la résistance à la réclusion sociale par de grandes ou de petites conquêtes de liberté. Des exemples comme Malik Ambar nous en donnent la preuve comme de jeunes joueurs dépassant les premières barrières du football ivoirien, « Enfants du Ballon », documentaire sur les tranferts de juniors dans le foot .
« En travaillant sur les individus relégués, j’aborde la question des échappées, réelles ou fantasmées, qui accompagnent les recompositions sociales dans ces zones liminaires. Je traite du déplacement, du mouvement virtuel, des exils imaginaires à l’opposé de l’immobilité et de la dépendance où l’on réduit ces populations. La seule vision économique des problèmes sociaux mutile la complexité humaine en jeu dans les métaphores identificatoires qui permettent de reformuler une nouvelle subjectivité narrative. Loin d’une « masse », on a faire à une diversité des parcours individuels. De la relégation aux nouvelles formes de conquêtes, émerge des sujets moraux acteurs de leur propre destin. » Eliane de Latour
>> accéder à la page de l'exposition Go de nuit, les belles oubliées
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Le temps de l’exposition Go de nuit, la Maison des métallos offre un parcours autour de l’oeuvre filmée d’Eliane de Latour. En cinq films, l’occasion de mieux saisir la richesse et la cohérence d’une démarche mêlant un travail d’auteur et la rigueur de la recherche. Chaque projection sera suivie d’une rencontre avec la réalisatrice.
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