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Boulon
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Lectures publiques

Les présentations publiques des chantiers de lecture de Catherine Gandois ont laissé des souvenirs forts. Témoignages...

Présentées dans deux lieux partenaires de la Maison des métallos, le théâtre de la Boutonnière et Confluences, le souvenir de ces soirées reste fort...

► Corps franc

Je me rends, c’est la deuxième fois, dans ce petit théâtre de la Boutonnière, rue Popincourt. Je suis heureux d’y retourner. Lecture. C’est « annoncé » ainsi : une lecture. En fait, si les comédiens ont bien un papier ou un livre entre les mains, ce qui est proposé est précis, habité. Pas de lassitude, pas d’ennui. Ce qui arrive est surprenant. Les textes sont – pour moi qui suis bien plus lecteur que spectateur – merveilleusement audibles. Incarnés juste ce qu’il faut, pas plus que ce qu’il faut.

Et je me dis, que le théâtre, au fond, c’est comme ça que je l’aime. Au commencement. Au moment où la flèche va partir. Quand elle part. Quand les acteurs apparaissent dans cet entre-deux, palpables, tangibles, tremblants, forts de leur faiblesse. Je retrouve le théâtre quand les comédiens en sont là. Pas encore drapés dans l’assurance, fût-elle incertaine et déniée, d’avoir touché au but. J’adore ça. Cet état tremblé. Si l’expression n’était si galvaudée (police, médecine), on parlerait d’un théâtre de proximité. Granuleux, vivant. Cruel aussi. Les meilleurs s’en sortent. Ce jeu n’est pas innocent.

Les musiciens parlent d’une musique qui pue des pieds. Nietzsche d’une philosophie à faire à coup de marteaux. Je connais peu le théâtre mais je sens confusément que le théâtre d’aujourd’hui gagnerait à accepter de puer des pieds. Attention : ce n’est pas un retour à l’état de nature. C’est difficile. Ca se travaille. Evidence entrevue au Théâtre de la Boutonnière. Un bon bout de chemin a été engagé. L’équipe existe, déterminée. Armée le temps d’une opération. Le temps d’atteindre la cible. Ni une compagnie, ni un groupe de rencontre. Un corps franc. C’est peut-être une formule nouvelle qui s’invente autour de Catherine Gandois. C’est ça qui m’a rendu heureux, à la Boutonnière. »

Philippe Gumplowicz
Maître de conférences –Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.
Ecrivain. Producteur à France culture.

Les photographies sont d’Aurélia Vartanian


Etablissement public local de la Maison des métallos
94 rue Jean Pierre Timbaud - 75011 Paris
Tél : 01 47 00 25 20 - Réservation : 01 48 05 88 27