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La Maison des métallos propose un nouveau cycle de rencontres publiques intitulé Pour une société décente. Il s’interroge sur l’évolution de nos institutions face aux mutations contemporaines des identités, sexuelles, sociales, religieuses, linguistiques...
le 24 novembre à 19h30
Avec Pierre Rosanvallon, historien et professeur au Collège de France :
La démocratie a-t-elle un avenir ?
« Partout, une démocratie de rejet tend à se substituer à l’ancienne
démocratie de projet.
Quand vient le temps de gouverner, s’instaure fonctionnellement une
distance entre le pouvoir et la société : les électeurs deviennent des
gouvernés. C’est à partir de là que vient le temps des désillusions.
Voyez le cas français. On a pu parler de repolitisation en 2007, alors
qu’en 2008... C’est aussi lié au fait que les qualités qui font le bon
candidat, et donc l’élu, ne sont pas celles qui font le bon gouvernant.
Voyez Sarkozy ! Souhaitons donc qu’Obama ne soit pas seulement un
formidable candidat.
L’urgence est de développer des formes de démocratie permanente et de ne pas se contenter d’une démocratie intermittente. Comment y arriver ?
Ce ne peut être en votant sur tous les sujets et à tout bout de champ,
comme l’impliquait il y a une vingtaine d’années l’utopie d’une
« démocratie électronique ». C’est plutôt la qualité du lien entre
gouvernants et gouvernés qu’il s’agit de repenser. C’est en termes de
contraintes de publicité, de formes d’exercice de la responsabilité,
d’exigences de délibération que le problème se pose. C’est en fait tout
cela qui se cache derrière le mot-valise de « participation ».
Faute de pouvoir construire une souveraineté populaire directement
accomplie, on peut par ailleurs essayer d’en pluraliser les expressions.
Le but est là de compliquer les sujets et les formes de la démocratie
pour en réaliser les objectifs.
Une appréhension élargie de la notion de volonté générale est ainsi en
train d’émerger. Un pouvoir n’est désormais considéré comme pleinement
démocratique que s’il est soumis à des épreuves de contrôle et de
validation à la fois concurrentes et complémentaires de l’expression
majoritaire. C’est à cela que correspond notamment la montée en
puissance, partout dans le monde, d’institutions comme les autorités
indépendantes ou les cours constitutionnelles. On peut par exemple estimer qu’une cour constitutionnelle exprime un « peuple juridique » pour contrebalancer l’expression du peuple électoral majoritaire. Des « académies du futur » pourraient aussi être chargées dans cet esprit de représenter les générations à venir. »
Les travaux de Pierre Rosanvallon portent principalement sur l’histoire de la démocratie et du modèle politique français, sur les rôles de l’État et la question de la justice sociale. Son dernier livre La légitimité démocratique. Impartialité, réflexivité, proximité est paru à l’automne 2008.
